sexta-feira, julho 25, 2008

RIEN NE M'EST HAISSABLE COMME...

Rien ne m'est haïssable

comme la neige

lorsqu'elle tombe en plein été,

je hais la mort, la visiteuse à l’œil rapace,

et non moins que la mort

ceux qui démoliraient votre demeure

parce qu 'il leur faut une poutre,

ceux qui pour s'emparer de quelques pommes sures

massacreraient tous vos pommiers,

ceux qui célèbrent l'eau commune

en barbotant dans leurs piscines...


Je hais en outre l'obéissance passive,

les masques, les doublures,

et les gibbosités dues aux plafonds trop bas...


Je déteste de même les chaussures

trop étroites qui littéralement

vous tenaillent l'âme autant que les pieds...

Et ce travail qui n'est pas un travail

mais bel et bien un châtiment,

je le hais, ce sale boulot

qui vous torture la cervelle,

ce vaste complot criminel,

cette persécution mentale qui produit

tout bonnement d'insupportables maux de tête...

Je hais l'obscurité, j'exècre

la nuit lorsqu'elle ne donne le jour à rien,

mais la lumière aussi m'est haïssable,

même la plus limpide,

lorsqu'elle ne suscite aucune ombre, aucun signe...

En vérité, que peut dire un manuscrit ? rien,

puisqu'il est fait pour être lu,

non pour être entendu.

Que dire? que faire ?... sinon

plaindre le manuscrit, lui, le proscrit,

non point dépositaire

mais créateur de sens...

le plaindre ou le haïr?

lui qui ne cesse d'exister

dans sa terre natale...


Est-il donc rien dans cette vie

qui ne soit haïssable? ...


Barouïr SEVAK (1924 - 1971)

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