terça-feira, janeiro 05, 2010

...et de mourrir sans révolte.

Et lui aussi, plus qu'elle peut-être, puisque né sur une terre sans aïeux et sans mémoire, où l'anéantissement de ceux qui l'avaient précedé avait été plus total encore et où la vieillesse ne trouvait aucun des secours de la mélancolie qu'elle reçoit dans les pays de civilization [ ], lui comme une lame solitaire et toujours vibrante destinée à être brisée d'un coup et à jamais, une pure passion de vivre affrontée à une mort totale, sentait aujourd'hui la vie, la jeunesse, les êtres lui échapper, sans pouvoir les sauver en rien, et abandonné seulement à l'espoir aveugle que cette force obscure qui pendant tant d'années l'avait soulevé au-dessus des jours, nourri sans mesure, égale aux plus dures des circonstances, lui fournirait aussi, et de la même générosité inlassable qu'elle lui avait donné ses raisons de vivre, des raisons de viellir et de mourrir sans révolte.

Albert Camus (1913-1960) in Le Premier Homme

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